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Journal du 12 décembre 2013

Je viens de créer ce site. J'espère l'alimenter de réflexions et de textes centrés sur mon objet de connaissance depuis quelques années : l'altruisme (mais aussi, l'attachement, l'empathie, la solidarité, la coopération etc.)

Aujourd'hui c'est à Nelson Mandela que je pense.Il vient de disparaître. On s'y attendait. Mais il restera une des plus hautes figures de la spiritualité laïque de notre temps, lui pour qui le pardon avait un sens de plus vaste envergure.

Nelson Mandela est décédé

vendredi 6 décembre 2013, par René Barbier in "Le journal des chercheurs"


Notre bien-aimé Nelson Mandela, le président fondateur de notre nation démocratique, nous a quittés. Il est décédé en paix entouré de sa famille aux environs de 20H50 (...) Notre nation a perdu son plus grand fils", a déclaré le président Zuma lors d’une intervention en direct à la télévision peu après 21H30 GMT jeudi.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a salué en lui "une source d’inspiration" pour le monde entier.

Le Dalaï Lama, autre prix Nobel de la Paix, a dit de son côté avoir perdu un "ami cher".

Le monde du sport, auquel Mandela était attaché, n’est pas en reste : "Grâce à son extraordinaire vision, il a réussi à faire de la Coupe du monde 1995 un instrument pour favoriser l’émergence d’une nation, juste un an après les premières et historiques élections démocratiques en Afrique du Sud", a rappelé le président de la Fédération sud-africain de rugby Oregan Hoskins, ajoutant : "Son nom prendra place parmi les plus grands libérateurs et humanistes aussi longtemps que vivra l’humanité".

Au Brésil, qui accueille vendredi le tirage au sort de la prochaine Coupe du monde de football, l’émotion était immense également : "Il était mon héros, mon ami, mon compagnon dans la lutte en faveur de la cause du peuple et pour la paix dans le monde", a écrit sur son compte Twitter Pelé, la légende du football brésilien.

"Le pardon libère l’âme, il fait disparaître la peur. C’est pourquoi le pardon est une arme si puissante" : Nelson Mandela, mort ce jeudi à Johannesburg, avait résumé, en une phrase devenue mythique, la vision du monde et de l’humanité qui a fait de lui le dirigeant le plus populaire du XXe siècle. Le leader africain, champion de la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud, vient de mourir à l’âge de 95 ans. Il avait passé 27 ans de prison pour sa lutte contre les tenants du pouvoir blanc. Mais surtout il avait réussi à constituer un événement extraordinaire : la réconciliation entre blancs et noirs après la fin de l’Apartheid, sans effusion de sang, ce qui lui avait valu le prix Nobel de la paix avec son vis à vis de l’autre bord Fréderick De Clerck. "Il était une inspiration pour le monde entier", a réagi ce dernier président blanc sud-africain, qui avait fait sortir Mandela de prison avant de négocier la transition démocratique et de partager en 1993 le Nobel de la Paix avec lui. Celui que tout le monde nommait "Madiba", "Icône mondiale de la réconciliation" comme le disait Desmond Tutu, l’une des hautes figures de la lutte anti-apartheid, l’ancien président sud-africain incarnait des valeurs d’autant plus universelles qu’il n’a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l’africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas.

Né le 18 juillet 1918 dans le petit village de Mvezo, dans le Transkei (sud-est) au sein du clan royal des Thembus, de l’ethnie xhosa, le futur leader de la rébellion noire est prénommé par son père Rolihlahla : "Celui par qui les problèmes arrivent".

C’est son institutrice, conformément à la pratique de l’époque, qui lui attribue arbitrairement le prénom de Nelson, à son entrée à l’école primaire. Le jeune Nelson, déjà rebelle, commence sa vie par deux ruptures : étudiant, il est exclu de l’université de Fort Hare (sud) après un conflit avec la direction. Peu après, il fuit sa famille, à 22 ans, pour échapper à un mariage arrangé. Et débarque, plein d’espoir, à Johannesburg la tumultueuse.

C’est là, dans cette gigantesque, dangereuse mais excitante métropole minière, que le jeune homme prend la pleine mesure de la ségrégation raciale qui segmente sa société. C’est là aussi qu’il rencontre Walter Sisulu, qui va devenir son mentor et plus proche ami. Et lui ouvrir la porte de l’ANC.

Emprisonné en 1962 et bientôt envoyé au bagne terrible de Robben Island, au large du Cap, pendant des années, sous un soleil de plomb, dans une poussière qui va endommager ses poumons à jamais, il casse des cailloux. Sans jamais s’avilir. Il apprend la langue de ses ennemis, l’afrikaans et s’efforce de comprendre et d’aimer leurs plus grands poètes. "Je savais parfaitement", note-t-il, "que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés (...) Quand j’ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission : libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur". Élu président en 1994, il prône la réconciliation entre les races. Le film "Invictus" retrace l’épisode, glorieux, où l’on voit "Madiba" utiliser l’équipe nationale de rugby, symbole de la puissance blanche afrikaner, pour souder Noirs et Blancs dans l’euphorie partagée d’une victoire en coupe du monde.

Si aux Etats-Unis comme en France, les présidents ont demandé que les drapeaux nationaux soient en berne, ce n’est pas pour rien et ils ont raison. La mort de Nelson Mandela touche tous les démocrates épris de justice, de liberté et de fraternité. Sa vie est un exemple du bien-fondé du sens de l’éthique nouvelle qui est en train de grandir dans les pays démocratiques et qui est portée, fortifiée, par des valeurs ancrées dans les personnes singulières, avec des droits de l’homme (au sens générique) supérieurs aux lois nationales, mais à portée universelles comme l’expose très lucidement Alain Touraine avec sa notion de sujet aujourd’hui.

Cette ouverture vers l’éthique incarnée, concrète, existentielle, loin de la "moraline" de Nietzsche qui fustigeait ainsi la dérive moraliste des sociétés de son temps, est sans doute la graine d’espérance la plus paradoxale de la société mondiale libérale encore engendrée par la prégnance des inégalités, en particulier patrimoniales comme le remarque l’économiste Thomas Piketti dans son dernier livre fondamental "le capitalisme au XXIe siècle".

Au moment même où en Centre Afrique se jouent des haines d’un autre âge entre des milices chrétiennes et des clans musulmans destructeurs de la vie, la mort de Nelson Mandela nous rappelle à notre devoir politique et historique d’être humain. Il est simple en vérité : toujours aller de la liberté vers l’égalité et surtout vers la fraternité de reliance comme structure englobante de la dynamique de l’être-ensemble.

P.-S.

Un très authentique hommage à Nelson Mandéla par le présient Barack Obama qui fait honneur à son pays

Ecoutez en anglais (sous-tires en français)

Poème qui a inspiré Nelson Mandéla du fond de sa prison pendant tant d’années